Patagonie : Chili

Japon –> Chili, un total de vingt cinq heures de vols, une journée dans les airs. En trois étapes: Japon (Osaka) -> Etats Unis (Los Angeles) // Etats Unis (L.A) -> Chili (Santiago) // Santiago -> Punta Arenas. Un truc marrant quand vous volez dans ce sens, dans mon cas, c’est de partir le mercredi 2 décembre à 17h30 et d’arriver à Los Angeles le mercredi 2 décembre à 10h30. Voila.

10 heures pour traverser la pacifique. Et à l’arrivée, le passage de douane que je redoute le plus de ce grand voyage: j’ai entendu mille et unes histoires de personnes refoulé à la frontière américaine pour des broutilles. Plusieurs avions ont atterri en même temps à Los Angeles et pourtant il n’y a qu’une poignée de douaniers pour tamponner les passeports. Du coup ça met un temps fou malgré la pochette orange que l’on m’a donné à la sortie de l’avion avec la mention: « EXPRESS CONNEXION » et qui me permet de rentrer dans le milieu de la file d’attente. J’ai mon tampon! Yihaaaa!! Je me dépêche d’aller récupérer mon bagage et d’aller m’enregistrer pour le vol suivant. Direction Santiago, capitale du Chili, via Lima pour prendre quelques personnes au passage. L’aéroport est vraiment minuscule et mal aménagé pour une infrastructure internationale. J’y rencontre un français (il avait un livre sur la voile entre les mains). Il va rejoindre une expédition suisse sur un voilier. Ça semble cool. Avion, pause à Puerto Montt pour récupérer des passagers et enfin on descend vers Punta Arenas. Par le hublot, les paysages sont magnifiques, avec très peu de trace du passage de l’Homme et c’est immense, ça change du Japon. L’aéroport, lui, est minuscule. J’atteins le point le plus méridional de cette aventure: 53° 09′. Punta Arenas, d’après le wiki: la population était de 131 067 habitants en 2012. C’est la ville la plus peuplée et la plus cosmopolite de la Patagonie chilienne ; principalement les descendants des colons européens : 50 % de la population est d’origine croate et pour le reste Allemands, Britanniques, Espagnols, Français, Italiens et Suisses. Température moyenne annuelle: 5,9 degrés Celsius. Mais on est en décembre, c’est l’été! Température moyenne pour ce mois de l’année: 9,7° C.

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Je prends le mini bus (3000 pesos chilenos, environ 4 euros) qui nous emmène dans la ville, vingt kilomètres plus loin. Je suis déposé dans le centre et je rejoins l’hostal (auberge) à pied. A l’accueil je suis rassuré car la personne en face de moi parle anglais! C’est que mon espagnol remonte au cours du collège et du lycée, si loin! J’ai trois mois devant moi pour remonter le niveau. L’endroit est splendide, face au détroit de Magellan.  Au rez-de-chaussée, les dortoirs de dix lits sont un peu étroits, mais c’est très correct. Et puis après avoir dormi dans des capsules hôtels au Japon, tout devient palace! A l’étage, des grandes vitres face au bras de mer permettent de chauffer une grande pièce: d’abord un salon bien sympa puis une belle cuisine. L’ensemble est super spacieux et il y a du monde! Ça me rappelle les auberges d’Europe de l’est où il y avait toujours quelqu’un avec qui papoter. Je retrouve l’esprit backpacker avec grand plaisir, des personnes qui partagent avec moi le goût du voyage, de l’aventure et des grands espaces.  PATAGONIE résonne en chacun de nous. 

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Les jours suivants, je me frotte à cette nouvelle culture sud-américaine. Parfois même je me retrouve seul dans le centre ville (pas si seul, le nombre de chiens errants est impressionnant).  Ça me fait bizarre, après être passé par deux pays où la densité de population était énorme (Indonésie, Japon). Les rues sont très longues. En fait, l’urbanisme est très calqué sur le modèle américain: tout est quadrillé, les rues sont bien parallèles et perpendiculaires entre elles. Sinon en ville on trouve de tout, comme on trouverai chez nous. Au supermarché (c’est le foutoir, ça change du Japon), les pick-up font le plein de sodas (3 litres) et autre super(mal)bouffe.

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Dans le dortoir, il y a une franco-américaine de Boston (merveilleuse musicienne avec sa guitare et sa belle voix), des Allemands, une Israélienne, quelques français (je vais en croiser un paquet en Amérique du sud), dont une retraitée, elle se plaint tout le temps, il est peut-être venu le moment pour elle d’arrêter de voyager. Et surtout, je rencontre Laura et Reza, cyclo-voyageurs et médecins écossais. Leur itinéraire: Ushuaïa -> Colombie, en longeant la cordillère des Andes. Une tentative d’ascension du Mont Aconcagua (6962 mètres) est aussi prévue. Cette belle traversée a pour objectif de récolter des fonds pour une association de médecins afin d’effectuer des opérations de chirurgie en toute sécurité dans les pays en voie de développement. Ils font une pause ici à Punta Arenas car Reza a une douleur au genou. D’ailleurs, je souffre moi aussi encore du coup de Papy Tomoo sur le coeur, offert au karaté. Souvenir du Japon.

Niveau alimentation je me cuisine des bons petits plats faciles et surtout, je retrouve du pain, à gogo (Marraqueta notamment)! Le matin, on prend tous un magnifique petit déjeuner (compris dans le prix) sur une grande table, servit à 8h, je dois patienter car je me lève tout le temps à 6h30 (effet décalage horaire?) Je vais à la pêche aux infos pour la suite, car évidemment je n’ai pas planifié grand chose à l’avance. Très rapidement je tombe sur le Parc Torres del Paine et ses randonnées. Il y a le circuit W (du à sa forme) et le O (idem) plus long et plus costaud. Comme mon équipement n’est pas dingue, je m’oriente vers le premier. Les bus pour rejoindre le parc partent de Puerto Natales, plus au nord. Je réserve donc une auberge et un billet de bus pour y aller.

Je quitte Punta Arenas le lundi matin, avec le bus de 11h. Nous sommes seulement huit dans un bus super grand, direction Puerto Natales (250 kilomètres). Le chauffage déconne et ça devient un vrai sauna à l’intérieur. Heureusement les locaux préviennent le chauffeur. Action / réaction, à défaut de pouvoir réparer le chauffage, il ouvre simplement les panneaux d’aération du toit. Je pique un mini-somme. Arrivé à la gare routière de Puerto Natales. Beaucoup de backpackers et à l’extérieur, beaucoup de chiens errant aux gueules bizarres autant qu’étranges. Il fait beau.

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Je rejoins de suite l’auberge où j’ai réservé deux nuits. A première vue, ça ne paie pas de mine, surtout après être resté à celle de Punta Arenas. C’est petit et c’est plutôt un Bed & Breakfast chez l’habitant. Mais très rapidement, je vais prend goût au lieu et aux gens qui y vivent. Malgré le terrible petit Iker: attention de ne rien laisser traîner qui soit mangeable! Les parents sont super cool, no stress. Je suis dans une chambre de quatre, il y a même un autre breton! Le mythe du breton voyageur est donc vrai. C’est un papy des côtes d’Armor venu en Patagonie pour faire des excursions en kayak. Belle retraite. Il y a d’autres français aussi dans l’auberge. Le petit déjeuner est énorme: céréales, lait, jus d’orange, café, thé, gâteau maison, pain, confiture, beurre.. de quoi prendre des forces pour tous les aventuriers.

Jour 1

Et départ un beau matin pour le parc Torres del Paine. Le bus est complet. Rempli de randonneurs encore frais et propres. Il faut environ 5h30 de route (splendide) pour arriver à l’entrée du parc (Laguna Amarga) où les guardaparques (gardes forestiers) nous attendent (nous et les autres bus). On paie notre entrée pour le parc, 18000 pesos chilenos, on renseigne un registre avec nom, nationalité, téléphone… on nous remet aussi une carte qu’on doit poinçonner aux différents checks-point du parcours. Ensuite on nous passe une vidéo sur ce que l’on peut faire et ne pas faire dans le parc. Tout ça est très bien rodé, un vrai business. On remonte dans le bus direction Guarderia Puedeto afin de prendre le catamaran qui nous emmènera au point de départ de la randonnée à Paine Grande. La météo n’est pas dingue, les paysages le sont. On navigue sur le lago Pehoe, tous les sacs à dos entassés à l’avant du cata et après trente minutes de navigation on pose pieds à terre. En Patagonie, beaucoup de gens sont habillés en Patagonia. Relation de cause à effet? Les français, en Quechua. Back to roots en Amérique du sud. Mais il faut se méfier avant de saluer « vous êtes français?! » car beaucoup d’espagnols portent aussi la marque. J’entends plusieurs langues différentes, principalement l’espagnol, le français, l’anglais et l’allemand.

Je suis donc à Paine Grande et je n’ai plus qu’à suivre le balisage direction: Refugio Grey où je trouverai un refuge et surtout un emplacement pour ma tente, bien moins cher que de dormir dans la cabane. Ça grimpe tout droit (ou presque) dans la montagne. Je ne vais pas le répéter cinquante (mille) fois, mais les paysages sont dingues. Et ce n’est que le début. Je parcours les onze kilomètres en 2h06. Le temps n’est pas terrible, il y a un petit crachin breton. Au refuge, je paie mon emplacement, environ huit euros et je pointe dans le carnet (Nom, Prénom, Nationalité, direction…). Je trouve une place presque à l’abri, sous les arbres, sur les racines. Je monte la tente et je retourne au refuge. Il y a une partie pour ceux qui ont choisi de passer la nuit à l’abri et sur un lit, il y a une mini supérette (hors de prix, conseil: faire les courses à l’avance!), il y a des toilettes et douches et une cuisine pour les campeurs. La pièce est pleine mais au moins, on est au chaud. Un petit repas et au lit!

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Jour 2

Le lendemain matin, je profite du temps correct pour laisser mes affaires au camp et rejoindre le point de vue qui donne sur le glacier. C’est joli, avec ces gros glaçons qui flottent dans le lac. Je reviens sur mes pas, boucle le sac à dos et pars sur le même chemin parcouru la veille. Ça redescend jusqu’à Paine Grande, au bord du lac, où je pointe ma carte auprès des guardaparques. Je suis parti assez tôt et je croise très peu de monde. Le vent me tient compagnie. Ou plutôt il me repousse. J’arrive au Campamento Italiano. J’ai deux option: installer mon campement ici (il est environ midi) et faire l’aller retour jusqu’au Campamento Británico et admirer la vue sur la Vallee del Francés. Mais le ciel est totalement bouché. J’opte donc pour la deuxième option: poursuivre jusqu’à Los Cuernos où il y a un refuge et des places pour les tentes. Une fois de plus, j’arrive assez tôt, ce qui me permet de trouver une jolie place sous les arbres et petit privilège, de prendre une douche chaude! La réception est fermée pour le moment. Mais l’espace cuisine est quand même ouvert. Déjeuner light, en compagnie d’un petit groupe de trois, composé de deux allemands et d’une israélienne qui s’est greffée à eux. La réception a ouvert et c’est déjà la queue pour prendre une place dans le refuge ou sur le camping. A l’intérieur il y a un restaurant, tout est en bois, c’est magnifique. Je me promène aux alentours puis je retourne dans ma petite maison en arceaux et en toile. Journée de 23,5 kilomètres en 4h50.

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Jour 3

Etape de grimpe! Il fait beau, c’est parfait. La première moitié du parcours longe le lac, puis ça monte dans la montagne. Je fais une pause au Refugio Chileno (refuge + camping) à 495 mètres d’altitude. Il y a beaucoup de monde à rester ici. Je pense qu’il prenne une journée en plus pour faire l’aller-retour jusqu’au Mirador de las Torres. Je poursuis la montée jusqu’au Campamento Torres, cette fois à 875 mètres. Pas de refuge-hotel ici, seulement des places pour les tentes, des toilettes, un abri pour les gardiens et un abri pour cuisiner. Le top! J’installe mon campement et je file pour l’ultime ascension jusqu’au mirador de las Torres (1000 mètres), point d’orgue de ce trek avec un point de vue imprenable sur les tours. Clairement, ça grimpe sec! Mais comme je n’ai pas de sac, je suis léger et je monte vite (aucune raison de le faire, juste une vieille habitude prise en course à pied, héhé). Je double et croise d’autres randonneurs. Puis finalement, je me retrouve au bord d’un magnifique lac à l’eau bleu turquoise. Je trouve une grosse pierre sur laquelle je m’assois et observe tout le lieu. Le lac, les pierres, les Torres, majestueuses bien qu’un peu voilées par un petit brouillard. Et puis je commence à avoir froid, il est temps que je redescende me mettre à l’abri. Petit dîner, il y a un peu plus de monde au camping, des français (encore) près de ma tente. Journée de 22,2 kilomètres en 4h30. Je ferme l’entrée de ma tente tandis que quelques flocons de neige sont en train de tomber…

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Jour 4

Il n’a pas fait chaud cette nuit ! J’ai dormi tout habillé dans le sac de couchage, l’ouverture de celui-ci fermée presque entièrement. Petit-déjeuner express, je range tout dans mon sac puis je sors de la tente. Nouvelle journée, nouveau décors: c’est blanc de partout! C’est ça la Patagonie, là voila! Quatre saisons en quatre jours! Je démonte la tente, les doigts gelés. Je pars en remontant de la cuvette dans laquelle se trouve le camping, ce qui me donne une vue panoramique saisissante!

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La promenade finale pour redescendre dans la vallée va être un vrai régal. Je suis un des premiers à laisser des traces sur le chemin puis je croise des randonneurs qui monte vers là d’où je viens. Je fais une pause comme la veille au niveau du Refugio Chileno et je poursuis la descente jusqu’à l’Hosteria de las Torres, un hotel plutôt chic où les navettes passent pour prendre les voyageurs entre ici et l’entrée du parc. Comme j’ai du temps et que je préfère ne pas dépenser d’argent inutilement, je marche jusqu’à l’entrée du parc. Il fait super beau, le ciel est bleu, ça change du réveil! Après 15,5 kilomètres de sentiers et de piste,  j’atteins la sortie du parc (Laguna Amarga). J’attends avec un anglais de Liverpool qui a un accent de fou, je lui demande de répéter à chaque fois. Juste avant, je me suis arrêté à côté d’un pont pour monter ma tente et la faire sécher entièrement. Le bus arrive et embarque sont lot de randonneurs, bien moins frais qu’à l’aller et tout le monde s’endort rapidement. En route, direction: Puerto Natales: retour à la civilisation, retour à la nourriture, j’ai faiiiiiiiiim!

[Petite parenthèse Trek W: C’était extra! réalisé en décembre 2015, je me suis pas mal informé grâce à ce site: Novo Monde – Torres del Paine. Sur place j’arrivais de bonne heure sur les campings pour avoir une bonne place et il n’y avait pas besoin de réservation (sauf peut-être pour les nuits en refuge). De ce que je peux lire aujourd’hui, un an après, dans les commentaires sur l’articles, c’est qu’il faudrait maintenant réserver dans tous les cas à l’avance! Du coup ça complique beaucoup de choses pour les randonneurs voyageurs qui en général ne programment pas leur voyage au jour près. Ça va en dissuader plus d’un d’ y aller et c’est bien dommage.]

De retour dans ma petite auberge familiale! Douche, lessive et le plein de nourriture! C’est rigolo de retrouver les mêmes têtes vu quatre jours plus tôt. A la gare, j’ai voulu réserver le bus du lendemain matin pour El Calafate en Argentine. C’était complet, j’ai donc pris un ticket pour celui de 18 heures. Par email, j’apprends que Reza et Laura, les cyclo-voyageurs rencontré à Punta Arenas, sont aussi en ville! On s’organise un petit resto le lendemain midi. Le soir, je retrouve mon lit !

Réveil, toujours ce méga petit déjeuner qui va me manquer et je prépare mon sac, avec mes affaires qui sentent bon!  Je retrouve mes petits écossais et l’on se rend dans un petit resto-café-auberge super joli! Reza à toujours ça douleur au genou. Je peux me mettre facilement à sa place et je sais que psychologiquement c’est très dur car tout est remis en question. Mais on positive et on commande des bières et des hamburgers! Pas le petit hamburger nan, le burger qui fait la taille de la Patagonie! Et super bon au passage. Il y a des vieux loups de mer français derrière nous. Retraités qui naviguent paisiblement à la voile dans des décors uniques au monde. Laura et Reza vont profiter d’être ici pour aller faire du kayak dans le parc Torres del Paine, se sera bien moins traumatisant pour le genou de Reza. On passe un super moment ensemble, on se promène des les rues et on fait quelques magasins d’équipement outdoor pour qu’ils fassent du repérage. Puis je dois les quitter, quitter mon auberge et monter dans le bus direction l’Argentine pour de nouvelles aventures!

Peut-être même que je croiserais Florent Pagny sur sa monture !

pagny

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Une réflexion sur “Patagonie : Chili

  1. c’est magnifique et cela me donne envie de partir sur tes traces un jour !! bravo pour ces beaux récits !
    encore merci pour ton soutien, et joyeuse année à toi ! Christine qui repart en Mauritanie !

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