Japon

Préambule : lors d’un tour du globe, le Japon est rarement sur la liste des pays à visiter, le voyageur préférant, sur des longitudes voisines, l’Australie ou la Nouvelle-Zélande. Mais pour moi, le pays du soleil levant est un amour de jeunesse que je me dois de rencontrer. Ça a commencé lorsque j’ai vu le film L’été de Kikujiro sur Arte. Les merveilleuses musiques de Joe Hisaishi qui accompagnent ce road-movie et l’incroyable acteur Takeshi Kitano m’ont envoûté. J’ai ensuite absorbé tout ce qui me fascinait sur le Japon via les films, la musique, les mangas, les romans… Et après tant d’années, il est l’heure de passer de la théorie à la pratique. 前進!

 

 

Je décolle donc de Bali (Indonésie) le samedi 31 octobre, dans l’après-midi. Passage par Hong-Kong. Les deux vols se font avec la compagnie Cathay Pacific et les repas sont un poil meilleurs qu’avec la Qatar Airways. Films: Mad Max Fury et Les Minions (quel ennui comparé à Moi, moche et méchant!).

Arrivée à l’aéroport de Narita (Tokyo) à six heures du matin. Visa, empruntes digitales et tout le toutim. Bon premier problème, mon vieux téléphone ne fonctionne pas au Japon car il faut impérativement un mobile 3g ou 4g, vive la modernité. C’est un chouïa embêtant car je dois retrouver un ami qui habite dans la capitale et je n’ai pas l’adresse exacte, seulement un point de rendez-vous sans heure précise. Deuxième problème: le distributeur automatique ne veut pas me cracher de billets. Trop polie sûrement. Hallelujah, il me reste un ultime billet de cinquante euros. Le précieuuux! Je vais au bureau de change et la première grosse différence avec l’Indonésie : la paperasse ! Je dois remplir un papier avec la somme que je veux changer, nom, prénom, numéro de passeport, de téléphone et adresse au Japon. On ne sait jamais ! N’oublions pas que nous sommes dans un des pays les plus sûrs du monde. Bon du coup j’ai un petit peu d’argent. N’oublions pas que nous sommes dans un des pays les plus chers du monde. C’est quelques yens en poche me permettent de prendre le bus pour Tokyo à environ soixante kilomètres. Avant de quitter l’aéroport, je profite de la wifi gratuite pour pouvoir faire un virement sur mon compte pour retirer des sous plus tard. Prendre le bus au Japon, là aussi ça change! D’abord tout le monde (on est dix environ) attend à la queue-leu-leu le long d’un marquage prévu à cet effet et au bon numéro d’arrêt. Ensuite le bus arrive et un assistant pose des étiquettes sur chaque bagage puis nous donne l’autre partie du coupon, comme pour prendre l’avion quoi. Évidemment le car est super confort. On roule sur une route déserte de tout véhicule, même dans Tokyo!

Huit heures, dimanche, je troc mon coupon contre mon sac à dos, en avant Guingamp ! Quelque chose me surprend, je suis dans la plus grande mégalopole du monde et il n’y a pas un chat. Je me dirige vers le métro. Je vais pas tout expliquer le système de rail au Japon mais en gros c’est assez complexe car il existe plusieurs compagnies à se partager les tunnels, que se soit en train ou en métro. Pas de monopole comme pour SNCF et RATP. Heureusement les indications sont écrites en rōmaji: transcription de l’alphabet japonais pour les occidentaux. Je peux donc suivre facilement mon plan du métro et rejoindre la sortie où je dois retrouver Gautier. Les sous-sols sont énormes, on y trouve de nombreux commerces et des toilettes gratuites. À la borne de tickets, je ne trouve pas le pass trois jours que je voulais prendre, alors je me rabats sur un ticket unique. La tarification du métro japonais se fait en fonction de la distance à parcourir. Tout est assez simple au final. Dans la rame, passer un appel est interdit. Au fond de la voiture, une japonaise est habillée traditionnellement, en kimono. Entre deux lignes je trouve un distributeur où je peux enfin retirer plus de monnaie. Et puis je refais surface, il fait beau! Par contre ce n’est plus les chaleurs qu’il y avait en Indonésie, je retrouve les saisons et c’est l’automne. Miracle, près d’un bâtiment je capte une connexion internet gratuite et je peux prévenir Gautier. Il arrive cinq minutes plus tard. Toujours un plaisir de revoir des têtes connues pendant un long voyage surtout qu’on ne s’était pas vu depuis longtemps. Nos parents sont amis de longue date. Gautier s’est expatrié au Japon il y a sept ans environ. Il y vit avec sa femme japonaise qu’il a rencontré lors de ses études, en France. On arrive à l’appartement. La clé pour ouvrir est une carte perforée. On retire les chaussures à l’entrée selon les us et coutumes. À l’intérieur, tout est bien pensé pour caser le maximum de choses dans un minimum de place. « Minimaliste » ils disent, les vendeurs d’immobilier. Je dis bonjour à Kayoko et je file sous la douche. Pour l’Européen que je suis, c’est rigolo de voir une salle de bain Yamaha et des toilettes de l’espace Panasonic. Ensuite je prends des forces avec un bol de céréales et on sort pour trouver mon futur compagnon de voyage : un vélo!

Eh oui, ça trottait déjà dans ma tête en Indonésie alors qu’au retour du tour d’Europe à bicyclette, je ne voulais plus en entendre parler. Chasser le naturel, il revient au galop. Ça doit être vrai. Du coup, suite à une longue réflexion, il a été convenu que voyager à vélo serait le moyen le plus économique et le plus fun pour découvrir le pays des sushis, des pokémons et des yakuzas. Pour que tout ça soit rentable, je dois dégoter l’engin le moins cher possible. On se rend donc dans un magasin du genre la Foire-fouille, version japonaise. J’opte pour le mama-chari, littéralement « vélo de maman », c’est le vélo le plus commun ici. Caractéristiques : une seule vitesse, un porte bagage, un panier de guidon, une béquille et un antivol intégré à la roue arrière. Voilà voilà. Faut enregistrer Kuro-suke (oui on l’a baptisé,, haha), car tous les vélos doivent posséder une plaque (un autocollant) d’immatriculation pour lutter contre les vols. Heureusement que Kayoko et Gautier sont là sinon j’aurais galéré à remplir la paperasse, surtout que mon anglais ne me servira pas à grand chose ici: il faut le nom, un numéro de téléphone et leur adresse. J’achète en plus un petit kit de réparation. Me voici près pour de nouvelles aventures avec mon, tout petit, vélo noir. J’ai bien fait de ne pas prendre le pass métro trois jours finalement. On retourne à l’appart’ pour déposer mon nouvel acolyte et on poursuit la promenade jusqu’à un petit temple Shintoïste.

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Pour entrer dans le lieu sacré, il faut passer sous un Torii. Puis on se lave les mains (on peut aussi se rincer la bouche) à la fontaine afin de se purifier. C’est joli et calme, en contraste avec la grande mégalopole qui l’entoure. On fait ensuite des courses pour le soir en passant par des petites ruelles typiques. Il est seize heures, il fait sombre et j’ai l’impression qu’il est vingt heures. N’ayant que très peu dormis dans l’avion, je suis claqué. Apéro et sushi, yeah! C’est un vrai festin que j’ai sous mes yeux, il faut piocher et faire ses sushis soi-même, génial! C’est un vrai bonheur après un mois de riz frit, pâtes frites, œufs frits, tutti frit en Indonésie. Bref, c’est un régal et je mange pour dix. On regarde la télévision. Les programmes sont fous et les japonais sont zinzins, en tout cas a la télé. Je dis au revoir a mes amis car demain ils seront déjà partis travailler quand je me réveillerai. Je me couche sur mon futon (petit matelas) installé sur les tatamis.

Réveil et bon petit déjeuner. Paré pour attaquer ma première journée, seul dans la plus grande agglomération du monde, sur mon petit vélo. Je dois rejoindre un hôtel capsules que Gautier et Kayoko ont réservé pour moi. Au bout de trente minutes, j’ai mon premier contrôle de police, au faciès. Logique, dans un des pays les plus sures au monde, un grand blanc barbu (GBB), sur un vélo pour maman japonaise, ça parait louche. Ils me demandent mon passeport et il passe un appel. En le voyant regarder l’immatriculation de la bicyclette, je comprends que c’est pour vérifier que je ne l’ai pas volé. Mais je suis en règle, hehe, sayonara! Je m’arrête dans le premier konbini d’une longue série dans lesquels je me rendrais tous les jours quasiment durant mon passage au japon. Qu’est ce qu’un konbini? C’est ça (cliquez sur ça). Pour résumer, j’y trouve de quoi me nourrir pour pas cher (possibilité de réchauffer au micro-onde), des toilettes du futur, thé et chocolat chaud et internet (et parfois même des prises). Et y’en a un tous les deux kilomètres, voir moins, voir plus. Autant le dire: c’est le paradis du voyageur à vélo. Voila pour la parenthèse konbini. Je me trompe d’abord d’hostel car je n’ai pas pointé le bon sur mon gps. Je suis dans le quartier de Shinjuku et je tourne pas mal mais je trouve finalement mon hébergement pour la nuit. A l’accueil, le réceptionniste ne parle pas japonais. Ce sera souvent le cas pendant les trente jours, les japonais ne parle pas anglais. Comme les français au final. Bon, j’arrive quand même à lui signifier que j’ai une réservation. Je dépose mes chaussures dans une des boites à l’entrée en échange de claquette. Je rejoins mon dortoir, ma boite. Eh oui, un hôtel capsules, comme sont nom l’indique, est un hôtel où l’on dort dans des capsules. Petites boites de la taille du matelas, avec télé et radio-réveil intégré. Il y a des étages pour hommes et le dernier est réservé aux femmes.

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Je file à la douche. Enfin au bain japonais. Comment ça marche? Vous vous rendez dans une grande salle de bain ambiance: « tous à poil et on se caresse ». Vous laissez vos vêtements dans un panier dans le sas juste avant. Ensuite vous vous asseyez sur un pot en plastique et vous vous douchez, tout est a disposition: shampoing, savon. Le tout entouré par des japonais, kiki à l’air. Il y a cinq ans, je ne sais pas si j’aurais pu, j’étais pudique. Mais avec toutes les courses à pied, j’ai appris à mettre cette pudeur de côté au moment de se doucher après des heures d’effort. Après que vous vous soyez bien rincé, vous plongez dans la grande baignoire avec tous les autres petits loulous. L’eau est super chaude et on se détend tranquillement. Une bonne expérience. Je teste aussi le sauna, là aussi ça chauffe. Je sors ensuite dans le bourg, histoire de voir un peu comment ça bouge. Il fait nuit et les néons flashent leurs lumières de partout. De nombreuses ruelles sont vides de véhicules et c’est agréable. je vois quelques blancs, très souvent des couples, avec probablement moins de temps et plus d’argent que moi et quelques expats aussi. Je fais un peu le tour des boutiques et je découvre le 100 yens shop (108 ou 110 en vrai avec la taxe, environ 1 euro). J’y trouve notamment des sangles pour fixer mon sac a dos sur le porte-bagage et une house anti-pluie pour mon panier a l’avant. En retournant l’hôtel, un black m’accoste pour me faire venir dans un club où des filles dansent avec très peu de vêtements. Très peu pour moi. Je le suis quand même, j’adore faire perdre leur temps à ses gars là. Un peu comme quand on vous pose des questions dans la rue pour sauver le monde, qu’on vous baratine des plombes pour au final demander un don. Et puis comme ça je lui raconte un peu mon aventure. Je le quitte devant son club et deux rues plus loin, un autre black retente la même chose Mais cette fois je trace ma route. Je ne sais pas si c’est par timidité ou parce qu’ils ne parlent pas anglais que les japonais ne font pas ce job de rabatteur. Retour a l’hôtel, bouffe et dodo.

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Le lendemain matin, je prends un dernier bain japonais avant de m’élancer dans l’inconnu. La ville est grande, mon vélo toujours là où je l’ai laissé, il y en a tellement! Je passe par le quartier hyperactif de Shibuya et je fais une pause dans le parc de Yoyogi. A l’entrée il y a des nationalistes, bien sapés, devant leurs camionnettes avec des enceintes énormes sur le toit pour diffuser la propagande. Je gare mon vélo sur le parking prévu à cet effet. On passe de nouveau sous un Torii, plus loin sur la gauche il y a des barriques de saké, en offrande pour les dieux. C’est très boisé et il y a du monde. Les japonais aiment revêtir les vêtements traditionnels, les kimonos, pour se prendre en photo devant les temples. Ils sont beaux et même sans kimono ils sont toujours bien habillé. A voir quelques voitures près du temple, de luxes, avec chauffeur et le drapeau d’autres pays, j’imagine que c’est aussi l’occasion d’une sortie diplomatique bien venue. Il y a aussi un petit spectacle avec des adultes jouant une petite pièce de théâtre puis des enfants jouant de la musique (flûte et percussion).

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Je repars car je dois rouler un peu si je veux quitter la ville et trouver un endroit pour poser ma tente. Je trouve un grand espace vert au bord d’une rivière à Kawasaki. Sur la digue qui me sépare de la route, des gens courent, font du vélo. Autour de moi, d’autres promènent leurs toutous, font voler des cerfs-volants, les kids jouent au base-ball. J’attends la nuit pour installer mon premier bivouac japonais. Je pars de bonne heure le lendemain matin.

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L’après midi j’arrive à Ayasa dans un parc énorme, avec une partie promenade, jeux pour enfants, aire de pique nique. Et une partie sport avec deux stades de base-ball (le sport number one au japon), des stades de foot, de tennis… c’est vraiment grand et ultra moderne. Je laisse mon biclou à l’entrée et je vais me promener. Il fait beau, il y a du monde. Le soir, je plante ma tente entre le terrain de tennis et celui de football, une fois que tout le monde est parti. Et ce soir là, pour la première fois je ressens de la solitude. Je croisais toujours du monde en Indonésie et en Europe sur mon vélo j’avais un planning qui me donnait un cap un suivre. Ici, j’ai pas de plan, rien de prévu, juste avancer jusqu’à Osaka sur mon petit vélo. Y’a des gens a qui ça va très bien de ne pas savoir où ils vont. Bon, moi non plus je ne sais pas où je vais non plus, j’arrive à chaque fois dans un endroit pour la première fois de toute ma vie. Mais j’ai besoin d’un planning, d’être cadré, même si je ne respecte pas à la lettre ce que j’ai prévu car il faut toujours laissé de la place à l’imprévu. Mais ça m’oriente et me rassure. Alors dès le lendemain, je vais au konbini d’à côté, je prends mon petit déj’, je me connecte au net, je prépare mon petit planning et j’envoie des mails et je regarde les auberges disponibles dans les grandes villes. De plus, comme je suis de nouveau sur un vélo, je peux utiliser le réseau d’aide et d’hébergement entre cyclo-voyageurs: Warmshowers. En tout, je reste trois nuits à camper dans cet endroit, ce qui en fait le bivouac sauvage dans un même lieu le plus long de toute l’aventure! Je me promène, je regarde les matchs des kids au base-ball, avec toutes les mamans supportrices, à fond derrière leurs gamins. Dans le grand parc il y a un petit bâtiment avec des tables pour se poser, une mini supérette, des salles, des distributeurs de boissons (il y en a tous les cent mètres au Japon!) et…des vestiaires avec douche à cent yens. Environ 85 centimes d’euro, autant vous dire que ça fait mon bonheur!

Je me remets sur mon vélo et je roule à gauche et devant moi, je vois le magnifique Mont Fuji. J’aurais voulu le grimper, mais j’ai abandonné l’idée car les capacités techniques de mon vélo ne me permettent vraiment pas d’y aller et on est en novembre, la météo est… automnale. Je reviendrai. Ce soir là je dors sous un pont à Odawara. J’ai trouvé comment avoir un spot de bivouac idéal au Japon: je prends ma carte électronique et je repère les grosses rivières à l’entrée ou à la sortie des villes. Les Japonais ont eu la bonne idée de laisser une large bande de verdure de part et d’autres de celles ci. Du coup j’y trouve des aires de sports de plein air, des pistes de footing et vélo, une pelouse bien tendre et une grande digue qui m’abrite de la vue des habitations. Par contre, les Japonais font TOUT LE TEMPS du sport. Surtout les anciens (ce qui explique leur longévité, avec l’alimentation), de 4 heures du matin à 23 heures, et sans lumières! L’héritage des ninjas. Sinon, je le savais avant de venir, le Japon est un des pays les plus surs au monde (oui je me répète). Du coup je monte ma tente sous ce pont, je mets toutes mes affaires dedans, je laisse mon vélo, je prends juste mon sac à dos avec mes papiers importants et je file au konbini, serein. Quand vous entrez dans ces supérettes, une sonnette retentit et les deux vendeurs vous braillent quelques chose qui doit surement dire: bienvenue à vous. C’est un réflexe très automatique, parfois sans même regarder si quelqu’un est vraiment entré, haha. Retour sous ma tente sous le pont sous un ciel qui se couvre…

Le lendemain, il pleut. Du genre crachin breton. Abrité sous mon grand pont, je peux remballer mes affaires au sec. Je pars et je traverse le pont. Le temps est dégeux, et aujourd’hui, c’est étape de montagne. Je pars du niveau de la mer et j’atteints ma hauteur maximum de ce voyage au Japon: 850 mètres, au niveau du Mont Hakone. De 0 à 850 mètres donc, en une demie journée, sous la pluie, les nuages, parfois le brouillard, à pousser mon vélo car la vitesse unique ne me permet pas de pédaler dans les montées . Je suis dégoutté car je vois à quel point ce que je traverse doit être magnifique de jour: vieux temple, villages typiques, lac d’altitude… Petite pause pipi sur une aire de repos tout là haut puis c’est parti pour quinze à vingt minutes de descente jusque Mishima (comme Yukio). Un peu de repos donc, au moins physique car il faut rester vigilant, la route est mouillée et les freins ne sont pas dingues alors prudence. Arrivé à Mishima, ma roue arrière crève, manquait plus qu’ça!

Épuisé, trempé, je file dans un konbini, je prends un goûter et je m’installe à l’intérieur. Je surfe, presque littéralement, sur le web. Je regarde les hôtels et j’en trouve un à pas cher: 35 euros. Pas cher, pour un Japonais en fait. Je pointe approximativement l’emplacement de l’établissement sur le gps. Je file, en marchant à côté de ma pauvre bicyclette, il ne pleut plus. Il va bientôt faire nuit et je n’arrive pas à trouver l’hôtel, je tourne autour mais un problème se pose: tout est en caractère japonais, rien n’a été traduit en romaji (caractère romain). Un bâtiment est plus imposant que les autres et en m’approchant je devine que c’est le bon endroit. En entrant, la réceptionniste sait de suite que je suis Mr Dauphin, le blanc perdu à Mishima. Ahaha. Elle me donne la clé de ma chambre et je prends l’ascenseur. Je rentre dans mon palace. Ah non. Ma chambrette, mais à la japonaise: avec tous le confort: grand lit, télé, internet et… une baignoire. Oyé oyé, soir de fête !!! Je commence par une douche, je lave en même temps toutes mes fringues sales de cette journée d’enfer et je mets tout à sécher. Puis c’est l’heure de prendre un bain! Je ne prends jamais de bain (l’eau est une ressource rare, ne l’oublions pas), mais là, c’est mérité. Détente, les jambes en l’air, hors de l’eau à cause de mon mètre quatre-vingt-cinq. Tout le bordel de mon petit sac à dos est étendu sur le sol.

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Étonnant à quel point je peux prendre possession (m’étaler) dans un si petit espace. Je sors à la supérette pour acheter un peu (énormément) à manger et une bière aussi! Retour dans ma chambre pour déguster tout ça devant la télé. Les japonais sont très pudique et ne sortent jamais du rang dans la vie de tous les jours mais alors à la télé, c’est une kermesse générale!! Je n’y comprends rien, alors je reste devant les combats de sumo, comme hypnotisé. Dodo. Bon pour 35 euros par contre, il y a un petit déjeuner inclus, autant vous dire que c’est à ce moment qu’il faut rentabiliser le prix de la nuit! Manger pour trois, voir quatre. Je prends de tout et j’essaie un plat super typique, mais super particulier, voir pas bon: le Nato! « Aliment à base de soja fermenté, consommé avec du riz ou seul, parfois au petit-déjeuner. Très gluant, ne sent pas très bon et vraiment pas pratique à manger car ça fait des fils. » J’aurais essayé.

Je retourne dans ma chambre, je fais mon sac et je file. Je tente de réparer ma chambre à air, mais je n’arrive pas à trouver la fuite. Je trouve un réparateur de vélo, cent mètres plus loin. Je rentre dans sa boutique et lui fait comprendre de venir dehors pour lui faire voir la crevaison. Je lui montre que j’ai une chambre à air neuve, mais mon interlocuteur à bien 85 ans passés et il travail à l’ancienne. Se sera donc: rustine. A la fin de l’opération (au moins quinze minutes!!), papy m’écrit le tarif sur du papier: 1300 yens, environ 10 euros. Pour une foutue rustine! Woooooo! C’est à ce moment là qu’une pensée me traverse l’esprit: si j’ai d’autres pépins mécaniques, j’abandonne le vélo et poursuis en stop. Une pensée qui me restera jusqu’au dernier jour au Japon avec ma bicyclette, haha. Néanmoins papy vélo est gentil et m’offre deux mandarines super bonnes. Plein d’énergie, je repars! Mon itinéraire suis le bord de la mer, celle ci est séparée des villes par une grande digue, et des panneaux préviennent du risque de tsunamis et indiquent la direction à prendre pour rejoindre les hauteurs. Le soir, je trouve un bivouac entre deux haies à Fuji, easy. Au konbini je réserve une nuit dans un hôtel Ryokan pour le lendemain à Shizuoka. Plutôt plat, je roule bien et la réparation tient. J’arrive en fin de matinée dans la cinquième plus grande ville du Japon, vue sur Pacifique. Je me faufile au travers des nombreuses rues et observe les locaux vaquer à leurs occupations. Je trouve l’hôtel ryokan. « C’est quoi un ryokan???? » Simplement une auberge typique japonaise. Celle où je viens d’atterrir est une petite maison, chez l’habitant. Je rentre et la propriétaire viens m’accueillir. Elle parle anglais, wouhou! Elle me montre la maison puis ma chambre. Je suis le seul client. La chambre est traditionnelle, avec des tatamis au sol, un futon (matelas très fin à même le sol) pour dormir, une table basse, une télé, une bouilloire, un frigo et du thé. Douche, course, dîner, dodo.

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Le lendemain, je souhaite toujours longer la côte, alors je prends la route que j’ai repéré sur mon gps. La vue est magnifique et la route commence à grimper sur les falaises. D’ailleurs je suis seul sur cette route. J’arrive au sommet de cette route (en restant sur le vélo, yeah!), puis ça redescend. Je vois un petit village au pieds des falaises. Là route que je souhaitais prendre passe par un tunnel. Chanceux comme je suis, il est fermé, en travaux. Le village en bas est le terminus, je dois faire demi-tour! Je demande aux gars d’chantier si je peux prendre une route que j’ai repéré sur ma carte. C’est okay, mais ça me fait quand même revenir sur mes pas, monter, puis redescendre jusqu’au pied des falaises. Petite pause déjeuner. Je reprends la route. Je ne voulais pas la prendre initialement car je pensais qu’elle passait dans les montagnes. Finalement, je roule paisiblement et à plat juste entre les massifs, avec de beaux paysages.

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Bivouac à Shimada. Le lendemain entre Hamamatsu et Kosai. Puis deux nuits de bivouac à cent mètres du château d’Odawara. J’en profite pour le visiter. Définitivement, je n’aime pas visiter un musée/château, ici ou ailleurs. Je m’ennuie toujours! Cependant, l’architecture japonaise d’époque est magnifique. A l’extérieur il y a une exposition de bonsaïs et des samouraïs se promènent devant le musée… des samouraïs. Je passe aussi un peu de temps à la bibliothèque municipale. Ça change de chez nous, c’est plein à craquer!

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Je reprends la route direction Nagoya où j’ai réservé un hôtel capsule pour cinq nuits! Sur le chemin, je passe notamment à côté de la ville de Toyota. Voila.

J’atteins Nagoya, quatrième ville du pays par sa population (2 268 217 habitants) et troisième par sa superficie. Et en effet, c’est grand, super grand même. Je roule sur le trottoir, c’est la norme au Japon, accompagné d’autres cyclistes, de coureurs et de marcheurs, y’a du monde dans le bourg! J’arrive à l’auberge, j’ai pris cinq nuits car c’est vraiment pas cher (15 euros la nuit, au pays du soleil levant, c’est un cadeau) et que ça me fera du bien. A la réception, on me parle avec un anglais impeccable, ça fait plaisir! Je découvre même plus tard qu’une des filles parle français, elle a appris toute seule et se débrouille vraiment bien. Le Japon, toujours là pour vous surprendre! Je prends l’ascenseur pour monter à l’étage des gars et je fais mon lit. Ou plutôt, je fais ma capsule. Dans celle ci, il y a comme toujours: télé, radio réveil, lumière et prise électrique, mais aussi: un ordinateur qui se branche sur l’écran de la télé! Je file à la douche, la décoration est super chouette dans toute l’auberge. Tout les sacs à dos et bagages des clients sont laissés à l’entrée de l’étage, des cadenas sont mis à disposition pour les attacher en sécurité sur une main courante.

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Je me promène dans le centre, je passe aussi par les souterrains. C’est une véritable seconde ville qui se trouve en sous-sol, avec restaurants, boutiques, métro, gare et j’en passe, c’est impressionnant. Je visite le château:

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A l’hôtel, je rencontre deux cyclos voyageurs! Les premiers de ce chapitre japonais. Y’a Rémi, un français et Carlos, espagnol parlant parfaitement le Français pour avoir travaillé dans l’hexagone. Du coup, c’est quand même sympa de passer une soirée à plusieurs. On va acheter des bières, kanpaï!!! Carlos doit retourner le lendemain à Tokyo (en train), pour voir un avocat puis être jugé car Carlos est le plus grand criminel de tout le Japon. En effet, alors qu’il se promenait à Tokyo avec son vélo, il eu droit à un contrôle, comme moi le premier jour. Sauf que l’enquête a été plus poussée, allant jusqu’à la fouille de ses sacs. Là, la police est tombé sur… un couteau pliant, du même genre que mon opinel qui traîne aussi dans mon sac. Petit couteau pliant, arme de catégorie 180000000 au pays des katanas et pourtant l’objet indispensable pour tout voyageur-aventurier. Du coup ils l’ont quand même laissé partir mais doit donc aller face à la justice pour répondre de ses actes. Ahah. Autant vous dire qu’ensuite j’ai bien planqué mon opinel outdoor n°8 au fond de mon sac. Après avoir quitté le Japon, j’ai eu des nouvelles de Carlos: il n’a rien eu, sauf à payer son aller-retour Nagoya-Tokyo en train. L’autre gazier, bien que gentil, est le genre de p’tit gars qui m’insupporte. Il revient d’Australie, et me raconte ses entourloupes au Japon du genre frauder le taxi, voler des choses… J’imagine qu’il a fait la même chose en Australie et doit faire partie de ses personnes qui participent, par leurs comportements débiles et des vols à l’étalage, à la très mauvaise image des français dans ce pays (ils ont même inventé le terme « French Shopping »). Au Japon je trouve ça encore plus irrespectueux, dans un pays où l’honneur et le respect comptent énormément. Dans un comportement puérile, c’est profiter d’un peuple bienveillant et serviable. Heureusement que ce n’est qu’un cas à part et que le tourisme international de masse ne s’est pas développé au Japon. D’ailleurs, les rares étrangers que je vois ici sont généralement des expatriés (du style vieux garçon célibataire) et quelques couples en voyage romantique.

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Je quitte Nagoya le vendredi matin en direction de Ogaki pour rejoindre la famille Katsuno et y passer la nuit. J’ai en effet pris contact quelques jours plutôt avec Hiroki via le site Warmshowers (hébergement et aide entre cyclo-voyageur). Hiroki parle anglais donc, mais Hiroki n’est pas au Japon, il est en Israël. Il me précise que se sera la deuxième fois que ses parents accueillent quelqu’un sans sa présence. Et là dernière fois, c’était déjà avec un couple de Français! Je suis donc en route sur mon vélo, et à peine ai-je quitté la ville que mon pneu arrière se dégonfle! Inspection de la chambre à air. La rustine de papy-vélo aura tenu 12 jours. Je remets un coup de colle et je repars, sous un petit crachin qui ne va pas durer. Ma réparation non plus d’ailleurs: pshhhhhht! Je passe ainsi l’après midi à alterner démontage de pneu-pose de colle-remontage-pédalage-fuite-course à pied en poussant le vélo-démontage de pneu… jusqu’à enfin arriver à Ogaki! Il fait maintenant nuit et j’ai du retard car je tourne en rond sans réussir à trouver la maison! Il faudra que je me courbe beaucoup pour m’excuser. La courbette est importante au Japon, lire cet article: La (Julien) Courbette. Finalement je trouve, ouf, je suis au bout du rouleau! Ding dong, madame Katsuno m’ouvre la porte et en avant pour ma première soirée au sein d’une famille japonaise. La maison est grande, j’ai la chambre d’Hiroki pour moi. Je discute un peu avec mes hôtes, monsieur est dentiste et sa femme est son assistante. Elle est rigolote car pour discuter, elle tape les mots sur son téléphone afin d’avoir les traductions. Je file à la douche puis je retourne avec eux. On mange un magnifique repas ce soir là, à base de riz, de poisson et accompagné de saké s’il vous plaît. Ces gens font preuve d’une gentillesse et d’un accueil incroyable à mon égard, moi l’inconnu, l’étranger, le gaijin. C’était une belle soirée et il est temps de dormir. Le lendemain, le petit-déjeuner, bien que copieux, est très inhabituel: riz et poisson. Est-ce un rêve? Non, c’est ton assiette bonhomme, il est sept heures et il faut tout manger, héhéhé! Je fais mes sacs et je pars. Maman Katsuno m’a préparé des sandwichs pour la route! Wouuuu, cœur-cœur-émotion! Arigatô gozaimashita, sayonara!

Je me rends sur le parking du centre commercial d’à côté, car oui, mon vélo ne s’est pas réparé par magie dans la nuit. J’opère donc la roue arrière à cœur ouvert. J’enlève l’empilement de rustines de la veille, je gratte bien proprement autour de la fuite et je pose une belle rustine toute neuve et je laisse sécher un bon quart d’heure sous un beau ciel bleu. Je remonte le tout et je me remets en selle, slalomant entre de petites montagnes jusqu’à atteindre le lac Biwa. L’après midi, une moto me double, c’est le père noël! Il me fait coucou! Coucou Papa Noël!! En fin d’après midi, j’installe mon bivouac au bord du lac, à Moriyama. Je partage le beau spot avec un groupe de cinq cyclo-voyageurs japonais. Je vais au centre commercial qui se trouve à cinq-cent mètres pour faire quelques courses et manger. Le lendemain, je continue de rouler au bord du plus grand lac d’eau douce du Japon puis je grimpe de petites collines pour atteindre Kyoto, capitale du pays de 794 à 1868. Je visite quelques temples, le parc Gyoen qui abrite l’Imperial palace et je fais des repérages pour trouver où je planterai ma tente ce soir.

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Une fois de plus ça tombe sur une rivière, ma tente cachée entre celle-ci et une petite haie, au cœur d’une ville de 1,474 millions d’habitants. On est maintenant le 22 novembre et la nuit est sacrément fraîche! Au réveil, je m’active rapidement, je vais prendre mon petit déjeuner au konbini et je me dirige vers le sud de la ville pour me promener au Fushimi Inari Taisha. C’est un sanctuaire shinto fondé en 711 et dédié aux divinités de l’agriculture et plus particulièrement à la déesse du riz: Inari. Ce sanctuaire est surtout connu pour ses milliers de torii (environ dix mille) formant un chemin sur la colline sur laquelle le temple est construit. Ces torii sont pour la plupart des dons faits par des particuliers, des familles ou des entreprises à Inari. Le nom des donateurs figure souvent sur les montants du torii. Le coût d’un tel ouvrage valait en 2015 entre 175 000 et 1 320 000 yens (entre 1 400 et 10 400 euros). Du coup, au départ de la promenade, il y a beaucoup de monde et au fur et à mesure de la progression (ça grimpe) vous vous retrouvez plus tranquille. Courageux mais pas téméraire! Ça m’arrange pas mal de toute façon d’être seul au cœur de ce magnifique endroit. La vue sur la ville n’est pas mal non plus! 

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Je reprends la route direction Takatsuki où je dors chez Daniel (Anglais) et Christine (Américaine) que j’ai contacté via le réseau warmshowers, une fois de plus. Le couple m’accueuille dans leur appartement, douche, bière et repas occidental, un petit bonheur! Je quitte le lendemain mes gentils hôtes (profs d’anglais) pour atteindre la partie campagne de Kobe (qui a une façade maritime). Pour cela il me faut traverser, et surtout grimper, une belle montagne. C’est le dernier gros effort à vélo de ce périple japonais, alors je me motive. Surtout que ce soir, je pose mes sacoches chez Tomoo pour cinq nuits! Qui qui c’est Tomooooooo?! C’est un papy Japonais de 67 ans que j’avais rencontré quelques mois plus tôt à Sofia en Bulgarie lors de ma promenade à vélo. Nous étions alors dans le même dortoir d’une auberge super chouette et nous avions échangé nos contacts. Vivre le présent et préparer l’avenir, héhé. Je lui avais donc envoyé un mail à mon arrivé dans son pays pour savoir si je pouvais venir le voir et ainsi vivre une vraie expérience de vie à la japonaise. Je trouve l’appartement facilement et laisse mon biclou sur le parking à vélo, qui est plein. Tomoo me laisse le choix entre deux chambres, la occidentale ou la japonaise. J’opte pour la seconde bien sur!! Durant ces cinq jours, on papote beaucoup, je pédale beaucoup aussi, derrière Tomoo, tranquilou sur son scooter. J’en chie vraiment, dans le froid et avec une seule vitesse. Ouais, je pédale vraiment beaucoup, dans les montagnes, dans le froid, et je crie sur Tomoo qui ne m’entends pas. Mais Tomoo me prépare toujours de bons petits plats, alors je ne lui en veut pas. Et puis il m’a initié au karaté. Tomoo à pris ça retraite à 60 ans, c’est alors qu’il a commencé les voyages et le karaté. Nous sommes allés aux leçons de karaté, données par maître Uehara (Uehara Sensei), ceinture noire, cinquième dan. Trois fois deux heures. Trois fois à maltraiter mon corps et à lui faire du bien à la fois. On est équipé de plastrons, de protèges tibia/pied et poignets. Et une coquille, pour les bijoux de famille.

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Bon, Papy Tomoo, il a beau avoir 67 ans, il n’a pas de pitié avec les petits jeunes comme moi et dès la première séance, il me défonce. L’a d’la force papy! Il m’envoie une droite au niveau du cœur et je meurs, presque pour de vrai, haha. Je suis complètement KO et fatigué de partout, je n’avais jamais été frappé de toute ma vie, alors oui, ça fait bizarre. Le coup fatale de Tomoo sur mon cœur, je vais en sentir la douleur pendant trois semaines, ne pouvant même pas me coucher sur le côté gauche et ayant du mal à me relever d’une position allonger. C’est le métier qui rentre. C’est aussi pour ça que je hurle sur Tomoo quand il est sur son scooter et moi derrière sur ma pauvre bicyclette. SALAUUUUUUUUUD! Mais c’est affectif quand même. Je m’y attache à mon papy japonais. Et puis au karaté il y a quelques adultes et puis des kids aussi. Avec le maître, ça forme une magnifique famille aux petits soins avec moi. Je dois même faire une mini conférence devant eux, ma première! Tomoo fait l’interprète et je suis très mauvais à l’exercice car je ne m’y attendais pas et que je n’ai rien préparé! Je fais mieux la deuxième fois, pour la dernière séance. Une des adultes me pose des pansements en forme de croix sur mon plastron au niveau de ma douleur pour alerter mes adversaires de ne pas frapper là. Trop chou! Les kids m’offrent des bonbons pour l’anniversaire de l’un d’eux. Le maître me prend en photo, Tomoo m’explique qu’il est honoré d’avoir un étranger à ses cours. En réalité tout l’honneur est pour moi, de pouvoir vivre tout ça, c’est grand. Je dis au revoir à mes nouveaux compagnons de combat avec la grande envie de revenir un jour les revoir. Dans la semaine on visite aussi une usine-brasserie d’un des gros fabricants de bières japonaises: Kirin! La visite est sympa et on boit de la bière (seulement deux canettes autorisées) gratuitement. Tomoo-les-bons-plans! On retourne une journée à Kyoto aussi. On prends le train et on visite de magnifiques temples. On fait une pause dans l’un d’eux pour une dégustation de thé matcha juste trop bon!

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Le dernier matin avec Tomoo, on participe au nettoyage de quartier. En voila une initiative qui fait plaisir à voir et où tu te dis: « ça, c’est bien japonais et je le verrai qu’ici ». En gros, une fois par moi, les volontaires du quartier se réunissent pour un petit (mais efficace) nettoyage des environs le dimanche matin. Les outils, les gants et les sacs poubelles sont fournis. C’est aussi une manière sympa de rencontrer et de discuter avec ses voisins. On va rendre le matériel et les sacs vers midi. En récompense de notre contribution on a le droit à une boisson! Après l’effort, le réconfort, je prends une boisson gazeuse pour la route de cet après-midi. On retourne à l’appartement, je fais mes sacs et Tomoo m’accompagne jusqu’à mon vélo. On se dit au revoir, avec beaucoup d’émotions. Mon papy a les yeux qui brillent, je pars. On se reverra, sur de sur, j’ai de la famille au Japon maintenant.

J’enfourche le biclou, une petite montée et une longue descente en direction d’Osaka pour trois nuits en auberge avant de changer de continent. Évidement, arrivé dans la vallée, ma rustine à l’arrière me lâche! Durée de vie: dix jours. J’en recolle une et let’s go. A Osaka, je passe devant l’un des quartiers dangereux selon Tomoo (et les Japonais), mais du coup c’est très japonais justement et je n’ai pas grand chose à craindre: des sans-abris vivent sous les axes routiers aériens, qui passent au dessus de la ville, et ne demandent rien. Je me présente au Osaka Backpackers Toyo, quelques centaines de mètres plus loin. L’accueil se fait dans un bon anglais et on me donne la clé de ma chambre. Je n’avais pas fais vraiment attention lors de la réservation sur internet si ça allait être une capsule ou un dortoir mais finalement j’ai une vraie petite chambre rien que pour moi et c’est plutôt cool! Le futon, l’étagère et la télé. Le minimalisme à la japonaise. Les douches et toilettes sont modernes et biens décorés. Il y a aussi la partie commune: un salon/salle de jeux et une cuisine avec pour décoration les messages des visiteurs sur les murs. Très bonne ambiance générale, l’endroit me plait pas mal! Il y a quelques Français aussi, du genre expatrié-célibataire-vieux garçon dont je parlais plus haut. Mais je joue à l’étranger et ne dis pas un mot: « je comprends tout ce que vous dites mais vous ne le saurez pas ». J’adore. Sinon durant ces quelques jours, je me promène dans Osaka, je vais au bain en commun de l’hôtel d’à côté (gratuit pour les clients de mon auberge), je visite le château et je fais de nouvelles découvertes culinaires. Notamment des okonomiyaki: «  genre de crêpe à base de choux principalement, avec des ingrédients variés (fruits de mer, légumes etc…) et recouverte de sauce mayo et sauce okonomi. On peut en manger dans des restaurants spécialisés où ils sont préparés sur une grande table de cuisson, sous vos yeux. » et aussi la spécialité d’Osaka: les takoyaki, des boulettes faites de pâte à crêpe avec des morceaux de poulpe à l’intérieur. Plutôt pas dégueulasse, mais j’en ai pris huit, ça faisait beaucoup, haha. A l’hostel, je prépare aussi la suite de l’aventure: l’Amérique du sud.

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Mon dernier jour au Japon, le 2 décembre, je quitte l’auberge. Ah oui, la roue est crevée. Je gonfle et j’avance comme je peux en mettant tout mon poids sur l’avant du vélo. Je le gare sur le parking à vélo face au terminal de bus. Je prends bien soin d’enlever l’immatriculation pour que mes amis de Tokyo ne soient pas embêter par la police (Allô?! votre vélo est abandonné à Osaka, c’est normal?!). Je prends le bus et on vole au dessus des villes jusqu’à l’aéroport situé sur une île.

Vous me direz, j’étais déjà sur une île. J’ai pas mal de temps à passer au terminal. De quoi repenser à ce beau pays que je viens de découvrir. Et j’en ai vu si peux. Micro-conclusion: la bouffe est extra, les japonais sont toujours bien habillés, tout est esthétique et harmonieux à l’image des jardins japonais et des temples, exception faite pour les quartiers des grandes villes remplis de néons où la crise d’épilepsie n’est jamais trop loin (notamment quand vous regardez à l’intérieur d’une des nombreuses salles de jeux vidéos). Le Japon n’est pas un pays si cher qu’on le croit, l’hébergement et le transport le sont, pour le reste ça va. C’est pour ça aussi que c’est un pays formidable pour le voyage à vélo. Les conducteurs sont prudents, peut-être trop: en trois jours j’ai vu trois accidents en ville. Parler anglais ne sert pas à grand chose, dessiner des mangas sûrement plus. Les combats de sumo à la télé peuvent vous manger toute votre soirée, c’est hypnotique je vous dis. Je pourrais en dire beaucoup plus sur le Japon, mais il vous faudrait une deuxième journée pour lire cet article. Juste un truc, si vous croisez beaucoup de Japonais, c’est que vous êtes soit, 1: à Paris, 2: au Mont St-Michel. Mais à cet instant, il y en a aussi tout autour de moi, dégageant cette classe incroyable tandis que je me dirige vers le guichet. Ça prends du temps car il faut imprimer mes trois billets car j’aurai trois vols différents et plus de vingt-cinq heures dans les airs pour atteindre ma destination: La Patagonie. Le sac à dos est pesé à onze kilogrammes.

Faites tournez le globe, en avant pour les Amériques!!

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